Une histoire visuelle du Web

Projet de recherche et de formation

Département Design
Université de Strasbourg

Équipe de recherche
Max Bonhomme, Éloïse Cariou, Margaux Crinon, Timothée Goguely, Élise Goutagny, Nolwenn Maudet, Vivien Philizot, Louise Wambergue
Coordination du séminaire et de la journée d’études
Max Bonhomme et Nolwenn Maudet

Présentation

Introduction au projet

À l’heure où une nouvelle génération de designers, guidée par un souci de sobriété numérique et d’émancipation face aux géants du numérique, redécouvre les potentialités d’un Web « artisanal » ou « small web », il apparaît urgent de documenter l’histoire du web design à ses débuts, et plus généralement l’histoire des tendances et des normes esthétiques dans les premiers temps du Web. De nombreuses archives restent à sauvegarder et des témoignages à récolter. Le Web comme espace de création graphique à part entière est en effet un terrain finalement très peu documenté, notamment dans l’espace francophone. Quelles ont été les formes et modèles visuels adoptés par le Web en tant que nouveau médium ? Comment les outils à disposition et la relative modestie des moyens techniques ont-ils généré des formes visuelles spécifiques, dont on revisite aujourd’hui avec intérêt le potentiel créatif ? Quelle fut la contribution des designers graphiques professionnels au développement de pages web, et comment donner sens à la considérable production de design amateur ? Le programme de recherche et de formation « Une histoire visuelle du Web, 1993–2007 » est consacré à ce chapitre de l’histoire du design et des cultures visuelles, qui reste largement à écrire.

Axe 1 : archives, sources, témoignages

Documenter cette histoire visuelle apparaît d’autant plus pressant que les archives qui en gardent la trace sont sujettes à l’obsolescence logicielle et au risque de disparition. Souvent le fait d’initiatives privées et nécessairement parcellaires, l’archivage du Web reste précaire. La conservation des sites hébergés par le service Geocities, fermé en 2009 par Yahoo (et aujourd’hui sauvegardés sur archive.org) constitue à ce titre une démarche exemplaire, et un moment de prise de conscience de la fragilité de ce type particulier d’artefact numérique. Des artistes, designers et développeurs comme Olia Lialina ont placé cette question de l’archive au cœur de leur pratique, incitant à redécouvrir la créativité formelle qui caractérise les sites Internet des années 1990 et du début des années 2000. L’un des objectifs de cet axe sera la constitution d’archives de designers et de développeurs dans l’espace francophone.

Axe 2 : outils, modèles, normes

L’histoire visuelle du web est aussi une histoire des normes et des outils techniques (HTML, Flash, CSS, etc.) qui ont été déterminants dans la production des formes (compositions des pages, affichage à l’écran, formats de fichiers, questions de compatibilité et d’outils de production). On enquêtera notamment sur le rôle normatif que les différentes distinctions ou awards, comme le Favourite Website Awards (FWA) ou les Awwwards, ont pu avoir sur la pratique professionnelle. On questionnera également les rapports entre pratique professionnelle et non-professionnelle. Il s’agira notamment de mesurer la contribution de designers graphiques professionnels dans les débuts du web design proprement dit et comprendre comment celleux-ci ont pu progressivement construire leur légitimité à produire des formes dans un contexte où les outils de production étaient accessibles au plus grand nombre.

Axe 3 : formes, styles, images

Dans cet axe, il s’agira d’interroger aussi bien les formes graphiques (typographie, mise en page) que l’imagerie (les images au format GIF par exemple), voire le répertoire « décoratif » des pages Web, mais aussi l’imaginaire culturel convoqué, notamment lorsqu'il participe d’une certaine vision du futur (imaginaire technologique, spatial, imaginaire du réseau en lui-même). Voir aussi comment certains styles visuels accompagnent et participent à la constitution de micro-communautés en ligne (forums, débuts du Web social, Myspace). Il s’agira également d’étudier l’évolution des formes en relation avec la prise de conscience croissante des spécificités interactives du médium (navigation, multiplication des tailles d’écran, accessibilité, standards).

Bibliographie sélective

  1. Ankerson Megan Sapnar, Dot-Com Design: The Rise of a Usable, Social, Commercial Web,. New York, New York University Press, 2018.
  2. Arola Kristin L., « The Design of Web 2.0: The Rise of the Template, The Fall of Design », Computers and Composition, « Composition 2.0 », vol. 27, no 1, Mars 2010, p. 4‑14, DOI : 10.1016/j.compcom.2009.11.004.
  3. Blanc Julie, « Designing with Abstractions: CSS and the Case of Masonry Layouts », Design, Arts, Medias, 2025, URL : https://journal.dampress.org/en/issues/design-et-abstractions/designing-with-abstractions-css-and-the-case-of-masonry-layouts.
  4. Brügger Niels, « L’historiographie de sites Web : quelques enjeux fondamentaux », Le Temps des médias, vol. 18, no 1, Juin 2012, p. 159‑169, DOI : 10.3917/tdm.018.0159.
  5. Cellard Loup (dir.), Promesses et utopies: une anthologie des manifestes du web, Montreuil, Éditions B42, 2026.
  6. Douglas Nick, « It’s Supposed to Look Like Shit: The Internet Ugly Aesthetic », Journal of Visual Culture, vol. 13, no 3, Décembre 2014, p. 314‑339, DOI : 10.1177/1470412914544516.
  7. Engholm Ida, « The Good Enough Revolution – The Role of Aesthetics in User Experiences with Artifacts », Digital Creativity, vol. 21, no 3, Septembre 2010, p. 141‑154, DOI : 10.1080/14626268.2010.488809.
  8. Goree Samuel, Crandall David et Su Norman Makoto, « “It Was Really All About Books:” Speech-like Techno-Masculinity in the Rhetoric of Dot-Com Era Web Design Books », ACM Trans. Comput.-Hum. Interact., vol. 30, no 2, Mars 2023, p. 18:1-18:27, DOI : 10.1145/3508067.
  9. Goree Samuel, Doosti Bardia, Crandall David et Su Norman Makoto, « Investigating the Homogenization of Web Design: A Mixed-Methods Approach », dans Proceedings of the 2021 CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, New York, NY, USA, Association for Computing Machinery, « CHI ’21 », 7 mai 2021, p. 1‑14, consulté le 3 octobre 2025, DOI : 10.1145/3411764.3445156.
  10. Fourmentraux Jean-Paul, L’œuvre virale : Net Art et culture hacker, Bruxelles, La Lettre volée, 2013.
  11. Hoffmann Jay, « The Books That Shaped How We Learn About the Web », dans The History of the Web, 2018, consulté le 19 octobre 2023, URL : https://thehistoryoftheweb.com/the-books-that-shaped-how-we-learn-about-the-web/.
  12. Jones S. L., « Evolution of Corporate Homepages: 1996 to 2006 », Journal of Business Communication, vol. 44, no 3, Juillet 2007, p. 236‑257, DOI : 10.1177/0021943607301348.
  13. Lialina Olia et Espenschied Dragan, Digital Folklore Reader, merz & solitude, 2009, consulté le 8 janvier 2025, URL : https://digitalfolklore.org/.
  14. Manovich Lev, « Generation Flash », dans Buurman Gerhard M. (dir.), Total Interaction: Theory and practice of a new paradigm for the design disciplines, Basel, Birkhäuser, 2005, p. 67‑77, DOI : 10.1007/3-7643-7677-5_6.
  15. Mari Will et Ramirez Fanny, « Gendering of the “ideal user” in 1990s-era internet magazines », Internet Histories, vol. 9, no 1‑2, Avril 2025, p. 53‑68, DOI : 10.1080/24701475.2024.2386760.
  16. Maudet Nolwenn, « Le développement des Design Systems:Comment la standardisation des processus de conception a déplacé le design des interfaces dans la filiation des identités visuelles de marques », Quaderni, vol. 115, no 2, Novembre 2025, p. 61‑74, DOI : 10.3917/quad.115.0061.
  17. McRae Sarah, « “Under Construction” Lives: Restorative Nostalgia and the GeoCities Archive », European Journal of Life Writing, vol. 8, Juillet 2019, consulté le 26 septembre 2025, DOI : 10.21827/ejlw.8.35623.
  18. Miltner Kate M. et Gerrard Ysabel, « “Tom had us all doing front-end web development”: a nostalgic (re)imagining of Myspace », Internet Histories, vol. 6, no 1‑2, Avril 2022, p. 48‑67, DOI : 10.1080/24701475.2021.1985836.
  19. Mineur Etienne, « 10 ans en 640 × 480 », Back Office n°3, B42 & Fork éd., 2019, consulté le 12 janvier 2025, URL : http://www.revue-backoffice.com/numeros/03-ecrire-lecran/03_mineur.
  20. Musiani Francesca, Paloque-Bergès Camille, Schafer Valérie et G. Thierry Benjamin, Qu’est-ce qu’une archive du web ?, Marseille, OpenEdition Press, « Encyclopédie numérique », 2019, consulté le 28 février 2026, URL : https://books.openedition.org/oep/8713.
  21. Schafer Valérie, En construction: la fabrique française d’Internet et du Web dans les années 1990, Paris, Institut National de l’Audiovisuel (INA), 2024.
  22. Schafer Valerie, « CD-ROMs as connectors in the early development of the Web », dans 2025 ECREA Communication History Workshop, 5 février 2025, consulté le 31 mai 2025, URL : https://orbilu.uni.lu/handle/10993/64114.
  23. Schafer Valérie et Thierry Benjamin, « “The Web of pros” » in the 1990s: The professional acclimation of the World Wide Web in France », New Media & Society, vol. 18, Avril 2016, DOI : 10.1177/1461444816643792.
  24. Schrijver Eric, « who gets to write the web: the power struggles around the standards », dans I like tight pants and mathematics, 2013, consulté le 10 octobre 2025, URL : http://i.liketightpants.net/and/who-makes-standards.
  25. Schrijver Eric, « Tonight we’re making web sites like it’s 1999 », Libre Graphics Magazine, vol. 2.4, 2015, p. 14‑15.
  26. Seu Mindy (dir.), Cyberfeminism index, Los Angeles, Inventory Press, 2022.
  27. Star Susan Leigh, « From Hestia to home page: Feminism and the concept of home in cyberspace », dans Lykke Nina et Braidotti Rosi (dir.), Between monsters, goddesses and cyborgs: feminist confrontations with science, medicine and cyberspace, London New Jersey, Zed books, 1996.
  28. Stevenson Michael, « Rethinking the participatory web: A history of HotWired’s “new publishing paradigm,” 1994–1997 », New Media & Society, vol. 18, no 7, Août 2016, p. 1331‑1346, DOI : 10.1177/1461444814555950.
  29. Wilson Derren, Hassan Saeed-Ul, Aljohani Naif Radi, Visvizi Anna et Nawaz Raheel, « Demonstrating and negotiating the adoption of web design technologies: Cascading Style Sheets and the CSS Zen Garden », Internet Histories, vol. 7, no 1, Janvier 2023, p. 27‑46, DOI : 10.1080/24701475.2022.2055274.

Cours et workshops

En tant que programme de formation à la recherche, « Une histoire visuelle du Web, 1993–2007 » intègre le cursus des enseignements dans les deux parcours de master du département design. Chaque année sera rythmée par des workshops (l’un au mois de septembre, l’autre en janvier) associés à ce programme, l’un dans le Master Design des environnements numériques, l’autre dans le Master Design graphique et cultures visuelles. Ces workshops seront l’occasion d’interroger par la pratique la spécificités des outils du Web, grâce à des intervenant·es chercheur·euses et designer·euses.

Dans le cadre du Master Design graphique et cultures visuelles, un cours est dédié aux archives du Web français, dont la consultation sera facilitée grâce à un partenariat avec la Bibliothèque nationale et universitaire (BNU) de Strasbourg. Cette recherche à partir du dépôt légal du Web, mis en place par la Bibliothèque nationale de France à partir de 2006 et accessible à distance depuis la BNU, permettra de consolider un corpus d’étude, organisé par thématiques, qui nourrira ultérieurement la publication.

Séminaire
Actualité de la recherche

de septembre à novembre 2026

Introduction du séminaire

De septembre à novembre 2026, le séminaire sera l’occasion de faire un premier état de l’art de la recherche sur l’histoire visuelle du web, d’un point de vue international dans un premier temps, afin de pouvoir mieux cerner ensuite la situation française. A l’intersection des science and technology studies (STS), des études en design, des sciences de l’information-communication et des études visuelles, l’histoire visuelle du Web a suivi jusqu'à présent plusieurs directions. Un premier axe fort concerne les méthodes et enjeux de la préservation, autour des archives du Web (Internet Archive, dépôt légal de la BNF, archivage de Geocities ou Skyblog). Un second axe concerne l’étude du web design en tant que spécialité et nouveau domaine professionnel, avec ses valeurs, ses pratiques et ses modèles. Un troisième concerne plutôt la dimension idéologique et politique, à travers les utopies du Web comme médium à portée révolutionnaire et son renversement à l’ère des plateformes. En ouvrant la réflexion dans ces différentes directions, le séminaire permettra de poser les bases pour la poursuite du programme et l’appréhension des corpus du Web français.

Programme du séminaire

Séance introductive — Max Bonhomme et Nolwenn Maudet

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salle 109, Palais Universitaire, Strasbourg

La première séance du séminaire présentera les objectifs et les orientations du programme « Une histoire visuelle du Web, 1993–2007 » en exposant le cadre théorique et méthodologique dans lequel il s’inscrit et ses objectifs du point de vue de la formation à la recherche. Il s’agira par exemple de réfléchir aux relations entre le design et les études visuelles, deux champs dont l’articulation reste à construire, mais aussi de poser quelques éléments de définition de ce que peut être une « histoire visuelle ». Cette séance sera aussi l’occasion de présenter quelques objets, corpus et archives qui pourront faire l’objet d’une analyse plus approfondie par les étudiant·es dans le cadre du programme.

Utopies du numérique et désorientation idéologique — Loup Cellard

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salle 109, Palais Universitaire, Strasbourg

Alors que nombre de commentateur·rices signalent la fin d’Internet et du Web tels que nous les avons connus – c’est-à-dire, en tant que moyens de communication démocratiques facilitant la création de communautés émancipées –, que reste-t-il aujourd’hui des utopies et formes de résistance développées sur ces réseaux ? Je répondrai à cette question grâce à la présentation d’une anthologie des manifestes politiques des communautés du Web publiée en Mai aux éditions B42. Ce livre retrace les volontés de transformation qui n’ont pas cessé d’animer le web : depuis les premières luttes du « cyberespace » naissant jusqu’à la résistance actuelle à l’intelligence artificielle en passant par les soubresauts frondeurs du cyberféminisme. Cet ouvrage rassemblant vingt-neuf textes issus d’époques et de communautés diverses, constitue une véritable introduction à la culture numérique. Il explore les archives d’Internet, mais aussi l’histoire méconnue des hacker·ses, artistes et informaticien·nes qui ont travaillé à sa conception, son imaginaire et son évolution.

Biographie

Loup Cellard est chercheur au sein de l’Observatoire sur l’impact environnemental de l’intelligence artificielle (LISN, Université Paris-Saclay, CNRS). Il est aussi membre associé du médialab de Sciences Po et au Centre of Excellence for Automated Decision-Making and Society de l’école de droit de Melbourne. Avec un ancrage disciplinaire dans la sociologie et l’anthropologie des techniques, ses travaux actuels portent sur les implications environnementales des infrastructures du numérique. Il est également éditeur de Tèque, une collection de livres de critique des technologies éditée par Audimat Editions (Paris).

Contre-visualités du Net art : Imaginaires du code, bug, virus — Jean Paul Fourmentraux

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salle 109, Palais Universitaire, Strasbourg

À l’ère numérique, l’art devient une affaire de code, d’algorithme, de bot, d’intelligence artificielle… Ce qui se donne à voir n’est souvent que la face émergente de toute une infrastructure langagière qui gouverne et opère en coulisses. L’image elle-même se rapproche de l’écriture : produite par des « machines de vision », objet de programmation et de calculs logiciels, d’indexation et d’archivage dans des bases de données. Ces modes d’existence relèvent d’« actes d’écriture » et donc de textes performatifs que les artistes - qui jusque là n’avaient pas toujours la main - proposent de réinvestir en les mettant à l’épreuve. En prenant appui sur l’histoire du Net art et des évolutions récentes de la création numérique, nous interrogerons les oeuvres réflexives et souvent critiques d’artistes qui proposent de décrypter et de dé-coder les actes de langage de l’ère numérique. L’accent sera notamment porté sur la création alternative de bugs ou de virus poétiques et sur la dimension anthropologique et/ou socio-politique de ces pratiques médiactivistes.

Biographie

Jean Paul Fourmentraux, est philosophe et socio-anthropologue (PhD), critique d'art et théoricien des médias français (AICA), spécialisé dans la question du rapport entre art, politique et technologies numériques. Il est professeur à l'Université d'Aix-Marseille, chercheur au Centre Norbert-Elias (UMR CNRS 8562), auteur de plusieurs ouvrages sur les (contre-)cultures numériques, dont Art et Internet (CNRS éd., 2010), L’œuvre Virale. Net art et culture Hacker (La lettre volée, 2013), Identités numériques (CNRS éd. 2015), Digital Stories (Hermann, 2016), Images Interactives (La Lettre Volée, 2017), antiDATA. La désobéissance numérique (Presses du réel, 2020), Sousveillance. L’œil du contre-pouvoir (Presses du réel, 2023).

En 2026, il est Commissaire d’exposition invité pour la 5e édition de la Biennale des Imaginaires numériques CHRONIQUES sur le thème Résistances. Hacktivisme, détournements et tactiques artistiques à l’ère numérique, du 23 octobre 2026 au 17 janvier 2027

One Terabyte of Kilobyte Age — Olia Lialina

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co-invitation avec la HEAR

Auditorium de la HEAR

One Terabyte of Kilobyte Age raconte les débuts du World Wide Web à travers le prisme d’un projet de conservation unique en son genre. Depuis 2010, Olia Lialina et Dragan Espenschied préservent les vestiges de GeoCities, l’un des services d’hébergement et des communautés les plus influents du web des débuts. En s’appuyant sur l’archive de 400 000 pages, Lialina dévoilera l’esthétique des pratiques web quotidiennes des années 1990 et du début des années 2000, et évoquera ses tactiques d’« archive performative ».

Biographie

Olia Lialina fait partie des figures les plus connues de la scène net.art des années 1990 — une pionnière de l’art en réseau. Ses premières œuvres ont grandement contribué à faire reconnaître Internet comme un médium d’expression artistique et de narration. Au XXIe siècle, son attention constante et minutieuse portée à la culture des utilisateurs, au « langage du net » et au paradigme de l’absence d’interface ont fait d’elle une voix majeure dans les nouveaux médias, les études post-numériques et l’interaction homme-machine (HCI). Elle est cofondatrice et curatrice de l’archive One Terabyte of Kilobyte Age, autrice de Digital Folklore (2009) et de Turing Complete User (2021). Depuis 1999, elle est professeure d’art et de design en ligne à la Merz Akademie de Stuttgart, en Allemagne.

Des goûts et des couleurs : l’esthétique du web des années 2000 dans les skyblogs — Marina Hervieu et Emmanuelle Bermès

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salle 109, Palais Universitaire, Strasbourg

Emmanuelle Bermès, porteuse du projet, et Marina Hervieu, ingénieure, présenteront le projet SkyTaste qui s’intéresse au rôle joué par la plateforme Skyblog (2002-2023) dans le développement de la culture numérique en France au début des années 2000. Financé pour 3 ans par l’université PSL, il est centré sur l’aspect mémoriel, émotionnel et visuel des skyblogs. La nature particulière des archives envisagées, leur masse (12,6 millions de blogs), leur dimension intime souvent liée à l’enfance ou à l’adolescence, l’esthétique visuelle qui agit comme un marqueur temporel encouragent à développer une approche sensible de la culture visuelle du web centrée sur les émotions. Parmi les concepts, méthodes et résultats du projet SkyTaste qui seront présentés, le séminaire sera l’occasion d’étudier la diversité des templates utilisés dans les skyblogs.

Biographie

Maîtresse de conférences à École nationale des chartes – PSL et responsable pédagogique du master « Technologies numériques appliquées à l’histoire », Emmanuelle Bermès a auparavant consacré l’essentiel de sa carrière de conservatrice des bibliothèques au développement des technologies numériques au service du patrimoine (Bibliothèque nationale de France et Centre Pompidou). Elle a ainsi été impliquée dans les projets de numérisation et de développement de la bibliothèque numérique Gallica, de préservation à long terme du numérique, de déploiement du web sémantique (data.bnf.fr et Centre Pompidou virtuel) ou encore de création de services pour la recherche sur les collections numériques (BnF DataLab). Ses projets de recherche actuels portent sur l’utilisation de l’IA dans les musées (projet TORNE-H) et de l’histoire du web dans les années 2000 dans le cadre du projet SkyTaste.

Formée à la recherche en histoire de l’art (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2019) puis aux humanités numériques (École nationale des chartes - PSL, 2024), Marina Hervieu s’est progressivement orientée vers les enjeux du numérique appliqués au patrimoine culturel. Elle a exercé au sein de plusieurs institutions patrimoniales en tant que cheffe de projet culturel ou d’expositions, avant de se spécialiser dans les archives du web à la Bibliothèque nationale de France, où elle a été en charge du projet de recherche Skybox. En tant qu’ingénieure du projet SkyTaste, elle s’intéresse aujourd’hui à la culture visuelle du web des années 2000 à l’œuvre dans l’archive Skyblog.

Une histoire visuelle du Web « en creux » — Valérie Schafer

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salle 109, Palais Universitaire, Strasbourg

Bien que mes recherches aient porté sur l’histoire du Web des années 1990 et du début des années 2000, elles ne se sont pas inscrites explicitement dans le champ de l’histoire visuelle. Pourtant, les dimensions visuelles sont partout, mais souvent traitées en creux. Aussi je reviendrai sur plusieurs moments où la question visuelle a émergé au fil de l’état de l’art et de mes recherches, notamment dans les archives du Web, tout en restant à la périphérie. Ceci permettra d’interroger les raisons historiographiques, méthodologiques et disciplinaires de cette relative invisibilisation. Je proposerai ensuite quelques pistes de relecture de ces objets de recherche sous l’angle de l’histoire visuelle : les frontières entre amateurs et professionnels dans la production des sites web, les enjeux de circulation et de réemploi des contenus visuels, ou encore les continuités et les frictions entre le web naissant et d’autres supports numériques, notamment le CD-ROM.

Biographie

Valérie Schafer est professeure d’histoire et vice-directrice du C²DH (Centre for Contemporary and Digital History) à l’université du Luxembourg. Elle est chercheure associée du centre Internet et société (CNRS UPR 2000). Co-fondatrice de la revue Internet Histories. Digital Technology, Culture and Society (Taylor & Francis), elle a notamment publié En construction, La fabrique française d’Internet et du Web (Ina Éditions, 2018). Elle vient d’achever un projet de recherche, CD-Hist, dédié à l’histoire du CD-ROM, après avoir également coordonné le projet HIVI, dédié à l’histoire de la viralité en ligne.

Journée d’étude
Témoignages et archives

Automne 2027

Argumentaire de la journée d’étude

Complétant le séminaire qui se tient à l’automne 2026, la journée d’étude sera l’occasion de faire dialoguer des chercheur·euses avec des témoins et acteur·ices des premiers temps du Web français. Comment les premières agences dédiées à la création sur le Web se sont-elles constituées ? Quel y fût le rôle des designers venus de l’imprimé ou de l’audiovisuel (télévision, CD-Roms, jeux vidéo) ? Quels ont été les référents médiatiques mobilisés par les premiers designers web ? Quels ont été les réseaux, les personnalités influentes ou les discours structurants ce champ socio-professionnel en contruction ? Par ailleurs, le Web a aussi été d’emblée pensé comme un espace de liberté d’expression et de revendication, y compris celui d’un cyberféminisme porté par une approche plus expérimentale du médium. Il importe alors de mettre en regard à la fois les formes officielles et institutionnelles de la communication visuelle sur le Web, et les formes plus marginales ou subversives.